Introduction

En Occident, la polyphonie, ou plurivocalité, naît au 10e siècle par l’ajout d’une voix synchrone au plain-chant (communément appelé grégorien). Cette caractéristique homorythmique se retrouve dans tous les chants de nos concerts.

Dès la fondation de l’ordre au 13e siècle, les Franciscains ont composé des chants liturgiques pour eux mais également pour les confréries qui regroupaient des laïcs au service des actions rituelles, sociales et caritatives.
Sorte de plain-chant rythmé pouvant parfois comporter de nombreuses notes chantées sur une même syllabe, le canto fratto, dont les premières partitions remontent au 13e siècle, fut largement diffusé par les Franciscains. Il se retrouve dans de nombreux livres manuscrits en Italie et en Corse, très peu de manuscrits sont conservés en Sardaigne.
Généralement écrit à une voix, il pouvait se chanter à deux ou trois voix. Il s’est éteint vers le milieu du 20e siècle.
À partir du 15e siècle le chant des psaumes était exécuté dans de nombreuses églises franciscaines en falsobordone.
Il s’agit d’une forme de chant dans laquelle la voix principale se trouve entourée par les autres voix qui forment l’accord. Il sera diffusé largement à la suite du Concile de Trente qui prônait l’exécution d’une polyphonie aux textes compréhensibles par les auditeurs, ce qui n’était plus toujours le cas depuis le 14e siècle.
En Corse, la paghjella (à trois voix) et en Sardaigne, le cantu a cuncordu (à quatre voix) ont probablement été formés au contact du falsobordone, même si à ce jour aucune preuve tangible sur l’origine de ces traditions orales n’a été découverte.

Sébastien Lemaire

 

 

L’Ensemble A Più Voci

L’Ensemble A Più Voci fut fondé il y a bientôt 20 ans par Sébastien Lemaire, facteur de flûtes à bec baroques. Le chœur, composé de quatre chanteurs, interprète des chants polyphoniques des milieux franciscains d’Italie et de Corse. Nous collectons et recherchons des partitions anciennes dans les bibliothèques franciscaines d’Italie et de Corse. La collaboration avec des musiciens et ethnomusicologues et les rencontres avec des chanteurs de traditions orales de Corse et de Sardaigne guident l’ensemble vocal dans l’exécution de ces répertoires et la création de pièces nouvelles.

 

 

Enfin, si l’on désire que davantage de gens connaissent les belles notes, on tiendra cette règle : on ne dédaignera pas le chant, même du plus rustre, mais on aura souci du chant de chacun…

«Enfin, si l’on désire que davantage de gens connaissent les belles notes, on tiendra cette règle : on ne dédaignera pas le chant, même du plus rustre, mais on aura souci du chant de chacun. Puisque la roue du moulin rend quelquefois, par ses grincements, un son musical alors qu’elle ignore ce qu’elle fait, il est impossible qu’un être doué de raison qui désire diriger tous ses actes vers une juste fin ne produise au moins une fois par hasard et par chance une note juste et belle. Et quand il aura entendu une note qui lui plaît, il la retiendra avec soin pour la faire sienne».

Jérôme de Moravie, Dominicain. Extrait de son « Traité de Musique ». 1280.
Bibliothèque Nationale, Paris